Ils ont été condamnés, mais ils devraient déjà être dehors. Une semaine après le verdict rendu par le tribunal militaire de Yaoundé dans l'un des principaux dossiers de la crise postélectorale, vingt-deux condamnés seraient toujours derrière les barreaux alors qu'ils sont, selon la défense, libérables.
Un verdict attendu depuis un an
Le 8 octobre, soixante-six personnes arrêtées après la présidentielle du 12 octobre 2025 ont été jugées par le tribunal militaire de Yaoundé. Toutes ont été déclarées coupables de propagation de fausses nouvelles, de rébellion, d'attroupement et de défaut de carte nationale d'identité. Les peines vont de six mois avec sursis à quinze mois de prison ferme.
Pour beaucoup, ce verdict est arrivé après près d'un an de détention provisoire. Leurs avocats l'avaient accueilli avec un soulagement teinté d'amertume. Pour ceux qui ont déjà passé en prison une durée proche ou supérieure à leur peine, la sortie aurait dû suivre rapidement.
Des libérations qui se font attendre
Or, sept jours plus tard, la situation de vingt-deux condamnés libérables reste en suspens, selon les informations disponibles. Une situation qui illustre, aux yeux de la défense, les lenteurs d'une procédure dénoncée depuis des mois. Le collectif d'avocats avait d'ailleurs annoncé son intention d'exercer tous les recours pour obtenir de meilleures décisions, tout en soulignant que certains condamnés pourraient retrouver la liberté immédiatement.
Cette affaire s'inscrit dans un contexte judiciaire déjà tendu. Depuis janvier, les audiences se tenaient au rythme d'une par mois devant la juridiction militaire. Les avocats contestent aussi la compétence de ce tribunal pour juger des civils poursuivis pour des infractions de droit commun.
Une crise loin d'être soldée
Le verdict du 8 octobre ne clôt pas le dossier. Une centaine de personnes interpellées pendant les manifestations sont encore suivies par le collectif de défense et attendent d'être jugées. La mort en détention, en juin, de l'un de ces prévenus à la prison centrale de Kondengui avait déjà relancé les critiques sur la durée des détentions.
Près d'un an après la proclamation des résultats qui a consacré la réélection de Paul Biya, la question dépasse désormais le seul cas de ces vingt-deux détenus : celle de la capacité de la justice camerounaise à solder, dans les délais, les suites judiciaires de la crise.
