Le message est clair, et il est rare dans la bouche d'un chef d'État. Lundi 19 octobre, Cyril Ramaphosa a demandé aux Sud-Africains de se préparer à l'éventualité d'une exclusion de l'Agoa, l'accord commercial préférentiel qui lie les États-Unis à la plupart des pays africains. Une mise en garde lancée après de nouvelles critiques de Washington, qui accuse Pretoria d'une prétendue persécution des Afrikaners.
« Nous ne serions pas le premier pays exclu »
Répondant à une question de l'AFP lors d'un briefing, le président sud-africain a rappelé que le Congrès américain avait décidé de maintenir son pays dans l'accord, mais que la décision finale revenait désormais à l'exécutif. Des discussions sont en cours avec les autorités américaines. Pour préparer l'opinion à un scénario défavorable, il a souligné que « nous ne serions pas le premier pays à être exclu de l'Agoa », ajoutant qu'il ne pensait pas que l'Afrique du Sud serait le dernier.
Selon Reuters, relayé par Investing.com, Cyril Ramaphosa a aussi averti que l'impact sur l'emploi serait « dévastateur ». Il a toutefois assuré que cette exclusion ne signifierait pas la fin du monde. Lui-même et le vice-président Paul Mashatile multiplient les déplacements à l'étranger pour identifier des marchés alternatifs.
Un accord vital pour l'économie sud-africaine
Renouvelé en septembre par le Congrès, l'Agoa offre un accès en franchise de droits au marché américain pour des milliers de produits. L'Afrique du Sud en est le premier bénéficiaire. L'accord n'annule pas les nouvelles surtaxes douanières mises en place par l'administration Trump, mais en exempte certains produits. Les secteurs automobile et agricole, notamment les agrumes, sont particulièrement concernés.
Les Afrikaners au cœur du différend
Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump accuse, sans fondement, Pretoria de « persécutions » contre les Afrikaners, descendants des colons européens. Washington a annoncé mi-septembre des restrictions de visa contre des responsables sud-africains. Selon les chiffres cités par l'AFP, 16 287 Sud-Africains ont été accueillis aux États-Unis en un an, au 30 septembre, dans le cadre d'un programme de relocalisation.
Les tensions ne datent pas d'hier. Fin 2025, les États-Unis avaient boycotté le sommet du G20 organisé à Johannesburg et menacé de ne pas inviter l'Afrique du Sud à la prochaine édition, prévue sous présidence américaine. Pretoria dénonçait alors une campagne de désinformation.
Une décision à l'enjeu économique
Reste à savoir si l'administration américaine ira jusqu'au bout. Pour l'Afrique du Sud, dont l'économie dépend en partie de ce marché, l'enjeu dépasse la querelle diplomatique : il se compte en emplois, en exportations et en diversification de ses débouchés.
