Un tweet supprimé, un attentat vieux de plus de cinquante ans, et un procès qui cristallise les tensions autour de la liberté d'expression. Mardi 20 octobre, à Paris, le ministère public a réclamé dix mois de prison avec sursis et deux ans d'inéligibilité contre l'eurodéputée de La France insoumise Rima Hassan, jugée pour apologie du terrorisme. Le tribunal rendra sa décision le 30 novembre.
Un tweet sur l'attentat de Lod
Au cœur du dossier, un message publié sur X le 26 mars, puis effacé. Il citait l'un des auteurs de l'attentat de 1972 à l'aéroport de Tel-Aviv, perpétré par l'Armée rouge japonaise, qui avait fait 26 morts. Selon les médias, il s'agit de Kōzō Okamoto.
À l'audience, le parquet a estimé que ce message renvoyait une « vision héroïsée » de l'un des auteurs du massacre. Pour l'accusation, banaliser l'attentat et valoriser l'un de ses responsables constitue de l'apologie du terrorisme.
Des parties civiles émues
Plusieurs parties civiles, dont l'Organisation juive européenne, étaient présentes. Cité comme témoin, Yves Klejman a évoqué sa mère, rescapée de l'attentat de 1972, qui a survécu le corps criblé d'éclats de grenade. L'eurodéputée « nous représente », a-t-il dit, s'interrogeant sur sa capacité à défendre le terrorisme.
Rima Hassan, 34 ans, née apatride dans un camp de réfugiés palestiniens en Syrie, a dénoncé une « tentative d'intimidation » à l'ouverture du procès, avant d'exercer son droit au silence. Son avocat a plaidé la relaxe.
Une affaire politiquement explosive
Le dossier est né début avril, quand l'élue a été placée en garde à vue pour ces faits. L'affaire avait été portée à l'attention de la justice par un député du Rassemblement national. Fervente défenseure de la cause palestinienne, Rima Hassan est l'une des voix les plus clivantes de la gauche radicale française et avait déjà eu des démêlés avec la justice pour des propos jugés complaisants envers le terrorisme.
Ses soutiens dénoncent une criminalisation de la parole politique et le délit même d'apologie du terrorisme, que les Insoumis proposent d'abroger. Ses détracteurs y voient, au contraire, un seuil qu'une élue de la République ne devait pas franchir.
Pour l'eurodéputée, l'enjeu dépasse la peine requise : une condamnation à l'inéligibilité pourrait peser sur son avenir politique. La décision, le 30 novembre, sera scrutée de très près.
